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L’intérieur du bâtiment Fisher Body 21 à Détroit
(creative common : memories_by_mike)
Dimitri Hegemann, le fondateur du légendaire club berlinois Tresor envisage de transformer un squelette industriel vide de Détroit en temple électro de la culture. Avec ce retour sur les terres (brûlées) du berceau de la musique techno, c’est un peu comme si Berlin payait une vielle dette . Plus poétiquement on peut aussi y voir un retour aux sources. Retour vers des friches industrielles qui peuvent se révéler fécondes.

 

Le Fisher Body 21, un bâtiment construit en 1921 par Albert Kahn, a abrité une usine où on a en particulier carrossé des châssis de Cadillac et de Buick aux belles heures de l’industrie automobile américaine. Depuis 1994,  il est une carcasse vide, délaissée mais amiantée parmi les nombreuses friches industrielles de la ville. La désagrégation du tissus productif a été fatale à la capitale américaine de la bagnole.

Hegemann y voit un toit et voudrait installer ici un club techno, un festival d’art, un espace de co-travail, un restaurant, le tout avec des ruches sur le toit.

Pour l’heure, on est en train de vérifier si le bâtiment serait à même d’être restructuré. Si cela ne pouvait se faire au sein de  Fisher 21, Hegemanns n’aurait que l’embarras du choix pour trouver un écrin parmi les usines en ruines de la ville afin d’abriter son projet.

Hegemann sait de quoi il parle quand il s’agit de transfigurer une épave industrielle en un lieu culturel. Durant les torrides et sauvages années 90, il a fondé plusieurs clubs dans ce qu’il allait contribuer à faire la cité de l’électro, tout au moins de ce côté-ci de l’Atlantique. Il est vrai que Berlin-Est tout juste sorti de sa torpeur regorgeait de vestiges du productivisme en déshérence qui n’attendaient qu’à être “revisités” et transformés.

Aujourd’hui Dimitri Hegemann s’occupe de la centrale de la Köpenicker Straße. Une ancienne chaufferie, qui héberge le Club Tresor, un restaurant, un festival de musique atonale ainsi … qu’une ruche sur le toit. Un lieu qui sert aussi à l’occasion d’espace d’expo ou de cadre pour toutes sortes d’évènements.

fisher detroit ext cc Andrew Jameson

La carcasse sans vie du bâtiment Fisher Body 21
(creative common : Andrew Jameson)

 

Même si la Techno, fut créée par quelques jeunes DJ noirs de Détroit, c’est avec Berlin que Beaucoup l’associent. Une musique faite de purs rythmes, dénuée de présence vocale, et inspirée par les sons  de la production et les résonances de ces bruits. Un cocktail sonore qui a attiré la jeunesse d’un peu partout vers Berlin.

L’idée de Hegemann c’est que Berlin rende à Detroit  un peu de cette inspiration qu’elle était allé y chercher.

Pour mener à bien son idée  Hegemann a initié en 2013 le projet “Berlin-Detroit-Connection” qui devrait réunir à Detroit des entrepreneurs, des politiques et des artistes tous de Berlin.

On avait déjà vu les Parisiens du collectif « Die Nacht » s’inspirer du sens de la fête berlinois afin d’organiser des soirées surprenantes dans la capitale française. Mais avec cette « importation culturelle » on restait dans l’anecdotique. Là le propos semble plus ambitieux. Exporter l’exemple berlinois comme un modèle de développement urbain? C’est audacieux. Les mauvais esprits que la ville de Detroit du fond de son marasme économique, n’a a priori pas grand chose à y perdre.

Dans une certaine mesure on peut faire un lien entre le côté sauvage de Detroit aujourd’hui et ce qu’était Berlin dans les années 90. Une atmosphère d’abandon, un centre urbain partiellement évidée, des ruines, l’absence d’occupants et des autorités qui ont d’autres chats à fouetter ….

detroit gareToutefois la criminalité et la pauvreté sont a priori plus intenses dans le Détroit d’aujourd’hui que dans le Berlin d’hier.

C’est ce qui rend le projet de Hegeman si audacieux et fascinant.

Si Hegeman ne  pouvait pas récupérer le Fisher Body 21 les alternatives ne manqueraient pas dans la ville industrielle sinistrée de Détroit, comme ici la très impressionnante gare Michigan Central Station à l’abandon depuis plus d’un quart de siècle.

INTERVIEW

La Gazette de Berlin : Concrètement, comme voyez-vous les choses commencer ?

 dim nbDimitri Hegemann :   Si la ville nous confie la ruine – dans un premier temps pour 10 ans et une fois qu’on a fait nos preuves pour 100 ans – alors avec 300 volontaires on va balayer et ranger le 3e étage et après c’est parti ! Bon, peut être qu’au départ ce sera improvisé et créatif.  Mais c’est sûr que l’on suscitera un grand intérêt et qu’on pourra ensuite discuter avec des investisseurs.

La Gazette de Berlin : Vous pensez que ce sera plus simple de discuter avec les édiles de l’autre côté de l’Atlantique ?

 Dimitri Hegemann : Je ne connais pas encore les décideurs à Détroit, je vais y aller en Novembre. Je suis optimiste. A Berlin, depuis des années, les autorité de la ville n’investissent pas un pfennig dans la culture urbaine vivante, mais elles ne mettent pas d’obstacles à l’expérimentation.

 

 La Gazette de Berlin : Vous apportez des sous ? Quels sont vos apports ? vos atouts ?

 Dimitri Hegemann : Je vais à Détroit avec comme bagage l’expérience berlinoise de ces 30 dernières années. Bien sûr je me réjouirai de chaque investisseur. Mais bon je vais essayer de défendre l’idée que dans chaque projet d’urbanisation un espace libre puisse être prévu pour des projets artistiques alternatifs. De façon à ce que les développements urbains à plus grande échelle fonctionnent. L’âme de Berlin réside dans cette multitude de cellules de cultures urbaines peu importe qu’il s’agisse de clubs techno, de galeries, de théâtres alternatifs ou de marché de street food artisanale. Ce sont ça les vrais attractions !

La Gazette de Berlin : L’électro peut elle vraiment sauver une ville ?

 Dimitri Hegemann : La Techno n’est qu’un élément, qu’une brique dans l’édifice. Mais une brique efficace, à même d’attirer des gens de partout vers Détroit. Ce qui manque à Détroit, ce sont des visiteurs internationaux.
Et ils ne viendront que s’il y a à Détroit des choses qui ne se passent pas ailleurs. Des trucs à même de susciter l’intérêt des jeunes, comme le projet Fisher Body 21.

http://www.kraftwerkberlin.de/

 

 

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