«L’humanité d’une société se manifeste dans sa manière de traiter les plus faibles, les vieux et les malades». L’envolée est signée Angela Merkel et elle a pour but du convaincre un Bundestag sceptique du bien-fondé de la réforme des retraites nouvellement concoctée par la coalition CDU-CSU/SPD. Le projet, qui signe un abaissement de l’âge de départ sous certaines conditions, s’attire de sévères critiques. Au nombre de celles-ci, l’idée qu’on sacrifierait la « Jeunesse » au profit (électoral?) de la « Vieillesse ». Mais la « fracture intergénérationnelle » emprunte-t-elle les mêmes mots en France et en Allemagne ? Voyage au pays des clichés et réalités.

 

                  Issu d’un savant marchandage politique la réforme des retraites adoptée au Bundestag le 22 Mai 2014 (voir encadré) sonne comme un renoncement. L’abaissement de l’âge du départ à la retraite, sous certaines conditions, qu’elle prévoit vient contredire à la6a0153943f9e7f970b01675f077de5970b-800wi fois les précédentes mesures sur le sujet et l’évolution démographique d’un des pays les plus vieux d’Europe1. Le problème est économique mais surtout sociétal. Doit-on « récompenser ceux qui ont travaillé dur » comme le dit la chancelière ou doit-on privilégier les jeunes et leur intégration sur le marché du travail ? En choisissant la première option, et sous couvert de « justice sociale » (argument transfrontalier et versatile)  la coalition flatte un électorat âgé et féminin, cœur de cible du SPD et de la CDU. Au-delà du calcul politique le débat sur cette réforme rappelle par bien des aspects celui qui a eu lieu en France en 2010 sur le même sujet. Les termes et la réalité de la controverse sont pourtant bien différents entre les deux pays.

« Génération sacrifiée? »: le discours français

              Parler des « Jeunes », en France, est un marronnier politique. C’est tantôt une Jeunesse «active et entreprenante » tantôt des jeunes « perdus », « en manque de repère » mais c’est un groupe social dont on parle. C’est là une première caractéristique : chaque force politique a un discours sur les jeunes, les distinguant nettement des « vieux »² . D’après les conclusions de l’enquête « Génération quoi? » rassemblant des témoignages d’individus de 18 à 24 ans les « jeunes » français se caractérisent par leur désenchantement vis à vis d’une classe politique dépeinte comme vieille et oligarchique, par leur faible intégration sociale et par leur pessimisme. Le discours politique se concentre alors sur une jeunesse « malade » dont il faudrait guérir les maux en reformant la grande ronde de la solidarité intergénérationnelle. C’est  le « Plan d’urgence pour l’emploi des jeunes » (2010) de N. Sarkosy après les lois contre la délinquance juvénile. C’est en 2012 le candidat socialiste François Hollande qui propose lui aussi un contrat de génération dont il fait la figure de proue de sa « politique pour la jeunesse ».

               Dans les faits le marché du travail hexagonal reste défavorable aux jeunes et entraîne un certain déclassement4. L’insertion y est difficile et précaire. Le faible engagement politique  joue aussi dans cette image de la jeunesse délaissée, perdue et à sauver face au bloc politiquement homogène et économiquement avantagé des séniors.

 Jeunes allemands: le non-groupe politique

Andrea Nahles, ministre du travail SPD au sein du gouvernement de coalition CDU-CSU/SPD défend la réforme des retraites lors d'une discussion publique organisée par le DGB (principal syndicat allemand).

Andrea Nahles, ministre du travail SPD au sein du gouvernement de coalition CDU-CSU/SPD défend la réforme des retraites lors d’une discussion publique organisée par le DGB (principal syndicat allemand).

             Qu’est-ce que la jeunesse en Allemagne ? Principalement une minorité statistique décroissante. 22 % de la population a moins de 25 ans contre 30,9 % en France et l’écart tend à se creuser rapidement. Dans l’un de pays les plus vieux d’Europe le « jeune » est un animal politique inconnu. Les politiques envers ce groupe social sont englobées dans les politiques familiales, mélange de conservatisme CSU et de timides aménagements facilitant le tandem travail/enfant pour les femmes. Pas de génération  jeune  donc pas de fracture  intergénérationnelle  ? Pas si simple. Les jeunes Allemands se démarquent de leurs congénères français par leur « plus grande intégration sociale et politique » et par leur accès plus facile au monde du travail comme le remarque Barbara Riedmüller, professeur à l’Institut Otto-Suhr de Sciences politiques. L’absence de catégorisation politique ainsi que leur faiblesse numérique ne permettent pas de parler d’une « guerre de génération ». Pourtant la catégorie « séniors », elle, existe. Si le tabou autour des perspectives démographique est persistant  le pouvoir des cheveux gris n’en est pas moins réel. En exemple l’introduction en 2012  d’un « congé grands-parents » pour s’occuper d’un proche en situation de dépendance médicale . Mais surtout la réforme des retraites au parfum de fleur électoral qui dessine les contours de ce groupe des séniors que les partis allemands caressent dans le sens du poil.

Après nous le déluge?

         Entre la France et l’Allemagne le discours est différent et ce en partie parce que la réalité l’est aussi. La scène politique hexagonale n’es pas avare d’images plus ou moins flatteuses de la jeunesse, que ce groupe supposément homogène existe ou non. Cela  souligne une prise en compte, si ce n’est en charge de ce groupe qui incarne l’avenir. L’absence de la problématique « jeune » et le focus sur l’électorat sénior des hommes politiques allemands tend inversement à nous dire que le « champion de l’Europe » préfère penser aux succès d’aujourd’hui et d’hier plutôt qu’aux doutes de demain.

 

1. Avec un taux de fécondité à 1,36 enfant par femme l’Allemagne est en queue de peloton en terme de renouvellement démographique. Selon l’Office des statistiques la population devrait tomber à 70 millions en 2015 alors qu’elle est à 85 millions actuellement. En 2060 plus d’un allemand sur trois aura plus de 65 ans.
 
². Les jeunesses face à leur avenir, une enquête international, sous la direction d’Anna Stellinger(http://www.biop.cci-paris-idf.fr/upload/pdf/Etude-jeunesses-face-avenir.pdf)
 
³. 26,1% des moins de 25 ans étaient sans emploi en Septembre 2013.
 
 
Le RentenPaket, une surprise allemande

La réforme des retraites adoptee en Mai 2014 au Bundestag est le fruit d’une âpre négociation entre le SPD et la CDU.

– A ce premier revient la partenité de la mesure qui permettra au travailleurs cumulant plus de 45 ans de cotisation de bénéficier de leur retraite à taux plein dès 63 ans contre actuellement 65 ans et 3 mois.

– A la CDU on doit l’augmentation des pensions pour les mères ayant eu un enfant avant 1992.

Ce “RentenPaket” (Packet retraite) devrait couter 900 millions d’Euros en 2015 et 3,1 milliards d’Euros d’ici 2030 pour l’abaissement de l’âge et environ 6 milliards d’Euros par an pour l’augmentation des pensions. L’excédant du régime des retraites permettra de financer la réforme jusqu’en 2019 mais au-delà les cotisations devront nécessairement augmenter.

Le projet a suscité de nombreuses reactions dans le paysage politique allemande. Sur un large spectre allant des verts à la CDU des voix se sont élevés pour fustiger un projet politique qui renit d’abord les précèdentes réformes: en 2007 le gouvernement Merkel avait ainsi fait passer une loi relevant progressivement l’âge de depart en retraite à taux plein. Mais elle renit aussi les courbes démographiques puisqu’elle déplace l’équilibre du régime des retraites vers les retraités quand bien meme le nombre de cotisants est en diminution constante.

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Cet article a Un commentaire

  1. Существует такая услуга – добровольное медицинское обслуживание .
    Она предполагает, что пациент платит небольшую сумму за абонемент и посещает врачей весь год не платя за каждый прием.
    Однако опросы показывают, что лишь 3% жителей Санкт-Петербурга знают об этом.
    Почему так происходит?
    Да потому что клиникам намного выгодней сдирать с людей деньги за каждый визит.
    А если честный врач попытается рассказать про добровольное медицинское обслуживание клиенту – это сулит ему увольнением.
    Эта информация уже вызвала кучу возмущений, после того как информацию об услуге рассекретил один возмущенный врач.
    Его уволили « по собственному желанию », после того, как он предложил ДМО своему пациенту.
    Самое невероятное, что официальные положения по ДМО присутствуют в открытом доступе, просто находили на эту информацию единицы.
    Как отстоять свои права?
    О правилах предоставления услуги и обязанностях частных клиник можно узнать, просто вбив в Яндекс фразу: « добровольное медицинское обслуживание ».
    Именно обслуживание, а не страхование.

    34j5c6h86

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