Le "Cuvry-Graffiti", ancienne oeuvre de street art de l'artiste Blu à Berlin Kreuzberg, recouverte de noir en 2014 en protestation du rachat d'un terrain voisin par des investisseurs (Photo : Wikipedia; La Gazette/Jordan Faget)

Le « Cuvry-Graffiti », ancienne oeuvre de street art de l’artiste Blu à Berlin Kreuzberg, recouverte de noir en 2014 en protestation du rachat d’un terrain voisin par des investisseurs (Photo : Wikipedia; La Gazette/Jordan Faget)

 

Berlin changerait-telle trop vite ? Avec le développement de la ville, des quartiers entiers se métamorphosent en quelques années seulement. Ceci est en partie la conséquence de la gentrification galopante, de l’arrivée des investisseurs ou encore de « touristes permanents ». Que l’on aime ou non les évolutions incontournables que connaît Berlin depuis maintenant plus de deux décennies, personne ne peut nier que la capitale allemande est en perpétuelle transformation, et que cette tendance est irréversible.  À l’image de la ville, le paysage des nuits berlinoises subit aussi cette métamorphose, avec quelques anciennes institutions emblématiques qui disparaissent au profit de nouveaux lieux ou se ré-inventent, en quête d’une nouvelle inspiration. Tout était-il réellement « mieux avant », comme certains semblent l’affirmer ?

Le White Trash :

Le White Trash : l'ancien emplacement (à gauche) et le nouveau (à droite)

Le White Trash : l’ancien emplacement, qui n’a toujours pas retrouvé de repreneur depuis des mois (à gauche) et le nouveau (à droite) (photo : La Gazette/Jordan Faget)

 

Inconventionnel, fou, fantaisiste, les qualificatifs ne manquent pas pour décrire le White Trash, où se côtoient aussi bien les berlinois que des fêtards venus du monde entier autour d’un verre ou d’un bon Burger. L’aspect pub irlandais mâtiné de déco chinoise donnait à l’endroit le cachet d’un improbable galion de pirates. Car ce lieu était tout à la fois un bar, un restaurant américain, un club, mais aussi une échoppe de tatoueurs. Lieu de prédilection des artistes en tournée,  les adeptes de musique Rock, Punk ou encore Electro pouvaient assister chaque soir à des performances live le week end comme en semaine. Auparavant situé dans la Schönhauser Allee dans le quartier de Mitte, ce haut lieu du Berlin nocturne a déménagé en 2014, pour trouver un nouvel emplacement plus grand mais moins central. Le gérant du White Trash, d’orgine américaine, n’aurait pas accepté une augmentation du loyer et aurait ainsi immédiatement saisit l’opportunité de déplacer son établissement et d’agrandir sa capacité d’accueil. Désormais sur les rives de la Spree, entre Kreuzberg et Treptow au niveau de l’ancienne frontière entre l’Est et l’Ouest, le White Trash s’est ainsi rapproché d’autres institutions voisines, comme l’IPSE, l’Arena, le Club der Visionäre ou encore le Chalet.

 

Le Rodeo club :

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Le Postfuhramt et sa coupole, où se trouvait la piste de danse du Rodeo Club (Photo : Wikipédia)

 

Autrefois siège de la poste impériale, le Postfuhramt rue Oranienburg également dans le quartier de Mitte s’était reconvertit depuis 2006 en une galerie d’art, de design et d’architecture, le C&O. Ce majestueux bâtiment, édifice classé depuis 1975,  abritait également sous sa coupole le Rodeo Club jusqu’à Février 2011, date de sa dernière révérence. L’endroit était plutôt cosy, avec son restaurant, sa clientèle chic, ses lumières tamisées et ses grandes plantes qui ornaient les murs. L’atmosphère changeait néanmoins radicalement dès lors que les tables étaient poussées sur les cotés, pour laisser la place au Dancefloor. Les prix n’en restaient pas moins très abordables, du moins durant les premières années, à l’image des dernières soirées organisées en mémoire des débuts du club : l’entrée était à 3 euros, la bière à 2 euros, et le Schnaps à 1 euro. En conflit avec les nouveaux investisseurs ayant racheté le bâtiment, les gérants du Rodeo Club n’ont pas pu trouver de nouvel emplacement où reprendre leur activité. Il est néanmoins possible de continuer à danser sous la coupole du Postfuhramt, au rythme d’une musique plus commerciale. Le Department Club a repris récemment le flambeau du Rodeo comme restaurant et boite de nuit. Quant au bâtiment en lui même, il a récemment été racheté par le groupe médical Biotronik. Après rénovation et transformation, l’ancienne poste impériale devrait ainsi devenir la vitrine de l’entreprise.

Le Blabla :

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L’ancien Blabla, devenu une galerie de design (Photo : La Gazette/Martin Desbiolles)

 

Bien connu de ceux qui prolongeaient leurs nuits jusqu’au petit matin voire plus, le Blabla a du également fermer ses portes il y a quelques années. Situé en plein centre de Berlin, à Prenzlauer Berg, ce petit bar accueillait des fêtards en sortie de clubs de 11 heures du soir jusqu’à midi le lendemain. Très loin de l’image lisse et propre de la galerie de design qui l’a désormais remplacé, le Blabla était au contraire un lieu enfumé et sombre, dernier refuge d’une clientèle qui n’hésitait pas à boire jusqu’au bout de la nuit, quitte à avoir du mal à rentrer. Ce changement radical d’atmosphère est par ailleurs symptomatique des évolutions qu’a connu le quartier en lui-même. Autrefois quartier de l’Est en friche, lieu underground et des sorties pendant les 10 à 15 années suivant la tombée du mur, Prenzlauer-Berg s’est peu à peu transformé en un lieu plus calme, professionnel et résidentiel. Les fêtard ont ainsi laissé place aux trentenaires et quarantenaires, aux jeunes actifs et à leurs familles.

Le Bar 25:

Autre institution disparue des journées et des nuits Berlinoises, le célèbre Bar 25, pionnier des clubs au bord de la Spree a fermé en 2010. Situé non loin de la gare Ostbahnhof, l’endroit n’est désormais plus qu’un terrain vague boueux jonché de planches de bois éparpillées.

Les ruines du mythique Bar 25.

Les ruines du mythique Bar 25 (photo: La Gazette/Martin Desbiolles).

Un contraste saisissant avec le souvenir impérissable qu’il a laissé chez ses habitués -inconsolables. Avant tout, on se souvient de la longue attente jusqu’à l’épreuve de la physio, qui comme souvent à Berlin, sélectionait sur des critères autant mystérieux qu’aléatoires. A l’intérieur, des pontons de bois , une berge fleurie et des canapés qui rappelaient l’ambiance d’un « saloon » du Far West. Partout, un public déjanté et décalé. A l’image des actuels Berghain et Sisyphos, les fêtes qui s’y déroulaient duraient un weekend entier donnant à l’expérience des airs de marathon festif où des adeptes de techno dansaient sans fin dans une explosion de couleurs et de mélodies électroniques. Sa fermeture, en 2010, a donné lieu à une dernière fête mémorable qui a duré 5 jours et 5 nuits.

Martin Desbiolles & Jordan Faget

08/06/2015

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Cet article a Un commentaire

  1. Très bien, cet article.
    Mais on appelle « quadragénaires » les gens de 40 ans.

    Cordialement

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